Colloques

Colloque au Musée du quai Branly
les 3 et 4 novembre 2017

Musée du quai Branly

 

COMITE D’ORGANISATION

 

Stéphane Vieyra (PSV-Films), Christine Douxami (IMAF, EHESS-CNRS), Jean-Paul Colleyn (IMAF, EHESS-CNRS), Sarah Frioux-Salgas, Frédéric Keck, Anna Gianotti Laban (musée du quai Branly – Jacques Chirac)

Il s’agira d’aborder, au cours de ce colloque, la situation du cinéma africain au moment des Indépendances en utilisant comme fil conducteur Paulin S. Vieyra qui fut un acteur et un témoin discret mais majeur de cette période. Le colloque mettra en lumière cette période clé des indépendances au travers du prisme du travail multiforme de Paulin S. Vieyra en faveur du rayonnement du cinéma africain et de son engagement pour le développement des pays nouvellement créés sur le Continent. En effet, le moment des indépendances est une période clé en terme d’affirmation politique et identitaire de ces nouveaux Etats et le cinéma, tout comme les arts de la scène, la musique, ou la photographie sont fortement sollicités pour participer à l’élaboration de la nouvelle image qu’il s’agit de renvoyer au monde. Dans quelle mesure, au delà des différents évènements très médiatisés comme les festivals panafricains qui contribuent à cette nouvelle visibilité, le cinéma participe-t-il à la création presque quotidienne d’identités nationales originales tant vis-à-vis de l’extérieur que pour le continent ? Nous tenterons donc, au sein de ce colloque d’envisager la dimension politique, artistique et de production du cinéma durant cette période au regard, bien sûr, du travail de Paulin Vieyra et de ce moment historique des indépendances.

 

LES MODERATEURS

 

Jean Paul Colleyn (IMAF – EHESS)

Est anthropologue et documentariste. Directeur d’études à l’Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales et Directeur d’un groupe de recherches du Cnrs intitulé « Image et anthropologie ». Il mène des recherches au Mali et dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest depuis 1972. Il a enseigné à New York University de 1998 à 2001. Il est également passé par la télévision : à la RTBF (Belgique), puis à Arte (France), comme chargé de programmes. Il a réalisé́ une trentaine de films documentaires (notamment les séries Vivre avec les dieux et Chronique d’une saison sèche) et a publié quinze livres et de très nombreux articles consacrés à l’anthropologie de la religion, au cinéma documentaire et à l’art. Les Chemins de Nya ; Eléments d’anthropologie sociale et culturelle; Le regard documentaire; Bamana (visions d’Afrique); Mali Kow (avec Manthia Diawara et Catherine De Clippel) ; L’anthropologie (avec Marc Augé); Les chevaux de la satire ; Architectures de terre en Afrique de l’Ouest.

 

Christine Douxami (IMAF – UFC)

Est chercheur en anthropologie de l’art à l’Institut des Mondes Africains (IMAF, EHESS-CNRS) et Maître de conférences à l’Université de Franche-Comté en arts du spectacle. Son travail, à la jonction entre théâtre et anthropologie, cherche à la lumière de ces deux disciplines à envisager les formes d’arts engagés liées aux questions de la négritude et du panafricanisme. Son terrain s’effectue particulièrement en Afrique et au Brésil au travers de différents festivals et diverses représentations scéniques tant dans des lieux officiellement dédiés à l’Art que dans la rue. Elle co- organise depuis 2006 un séminaire à l’EHESS sur le thème de l’engagement artistique sur le continent africain et dans la diaspora. Elle travaille également sur les questions politiques et artistiques liées à la gestion des Patrimoines Immatériels au Brésil. Ses ouvrages : Théâtres Politiques. (En) Mouvement(s) (Dir.), et Le théâtre noir brésilien, un processus militant d’affirmation de l’identité afro-brésilienne. Formée en arts de la scène et en réalisation documentaire (aux Ateliers Varan), elle réalise des performances et des documentaires. Elle a notamment co-dirigé le film, Fesman 2010, De l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, film, HD, 107 min, CEAF-IRD-Captures Productions, 2012.

 

LA TABLE RONDE

 

Véronique Joo AISENBERG

Est depuis 2010, responsable de la Cinémathèque Afrique à l’Institut français à Paris. Diplômée de l’Université de Nantes où elle obtient un Master 2 Arts et culture, spécialité Médiation, Expertise et valorisation culturelles.
Elle a vécu et étudié près de 20 ans entre l’Afrique et l’Océan Indien. Elle entre à l’Association Française d’Action Artistique (AFAA) en 1997, en tant que chargée de mission auprès du Directeur. Nommée Attachée culturelle à Moncton (Canada) de 1999 à 2011, elle a pour mission principale l’organisation de la présence culturelle française en marge du VIIIe Sommet de la Francophonie. En 2001, elle rejoint le programme Afrique et Caraïbes en créations de l’AFAA, en tant que coordinatrice générale des Rencontres Africaines de la Photographie de Bamako (2001- 2009). Depuis 2010, elle collabore à la programmation de nombreux festivals internationaux et participe également à des jurys.

 

LES INTERVENANTS

 

Melissa Thackway

Enseignante en Cinémas d’Afrique à Sciences-Po Paris et à l’INALCO, Melissa Thackway est également chercheuse, documentaliste, et traductrice. Docteure, auteure du livre Africa Shoots Back: Alternative Representations in Sub-Saharan Francophone African Film, elle a publié de nombreux articles sur les cinémas d’Afrique, notamment : « Crossing Lines : frontiers and circulations in contemporary African and diaspora film » (A Companion to African Cinema, Harrow & Garritano, à paraître) ; « La contre-mémoire dans les cinémas d’Afrique subsaharienne » (CinémAction / Identités et mémoires au cinéma, Blanchon, 2017), ou Exile and the ‘Burden of Representation: Trends in Contemporary Sub-Saharan Francophone African Filmmaking (Black Camera, 5.2, 2014). Melissa Thackway a également écrit et réalisé des films documentaires, ainsi que des documentaires radio pour France Culture.

 

Résumé

Champs-contre-champs : filmeurs/filmé.e.s, ou la question de la représentation au cœur des cinémas d’Afrique

Nés durant l’ère des Indépendances, les cinémas d’Afrique subsaharienne sont fortement mar- qués par ce contexte historique. Pour mieux cerner les enjeux auxquels les cinéastes pionniers tels que Paulin S. Vieyra ont fait face, pour mieux comprendre la nature éminemment engagée de ces premières œuvres cinématographiques, cette communication introductive situera ces cinémas dans ce contexte socio-culturel et politique de l’époque tout en soulignant les in- fluences de celui-ci. Elle mettra ainsi en lumière le rôle fondamental que le cinéma, dès son in- vention dix ans après le partage du continent à la Conférence de Berlin, a toujours joué dans la construction des représentations de l’Afrique.

 

 

Odile GOERG

Est Professeure d’Histoire de l’Afrique contemporaine à l’Université Paris Diderot (USPC) et membre du CESS- MA. Ses recherches portent sur l’histoire sociale et culturelle en contexte urbain, notamment sur les loisirs. Son dernier ouvrage porte sur le cinéma : Fantômas sous les tropiques. Aller au cinéma en Afrique coloniale (Vendé- miaire, 2015). Elle a également publié divers articles sur ce phénomène (censure, sociabilité, visibilité des publics africains…).

Odile Goerg intègre dans son approche la perspective de genre ainsi qu’une réflexion sur les catégorisations et les représentations. Son aire de prédilection est centrée sur la Guinée et la Sierra Leone. Dans cette perspective, elle s’intéresse notamment aux populations et cultures krio dont le premier historien du pays : A.B.C. Sibthorpe : un historien précurseur en Sierra Leone, in Historiographies d’ailleurs, pp 105-117 in Nathalie Kouamé et alii (éd.) Karthala, 2014.

Elle a publié dans Vingtième Siècle, Cahiers d’Études Africaines, Politique Africaine, Africa today, Afrika Zamani … et dans de nombreux livres collectifs. Elle a co-rédigé La ville coloniale (XVe-XXe), in Histoire de l’Europe urbaine, Jean-Luc Pinol (dir.), Le Seuil, (2012 [2003 1ère éd°]). Elle a édité divers ouvrages dont Citadinités subal- ternes en Afrique, (avec Thomas Fouquet), (Karthala 2017), Les indépendances en Afrique. L’événement et ses mémoires. 1957/1960-2010 (PUR, 2013), Islam et sociétés en Afrique subsaharienne à l’épreuve de l’histoire. Un parcours en compagnie de Jean-Louis TRIAUD, (Karthala, 2012), Lieux de sociabilité urbaine en Afrique (L’Har- mattan, 2009) ou Perspectives historiques sur le genre en Afrique (L’Harmattan, 2007).

 

Résumé

Cinéma et militantisme politique autour des indépendances

Chaque fois que les Africains ont eu à se prononcer sur leur destinée, ils l’ont toujours fait d’une manière fort diffé- rente de celle qu’avaient imaginée les Européens.
Paulin Soumanou Vieyra, Rencontres Internationales. « Le cinéma et l’Afrique au sud du Sahara », organisées lors de l’exposition universelle de Bruxelles (1958).

Paulin Soumanou Vieyra avait plusieurs flèches à son arc, plusieurs facettes : cinéaste et documentariste, produc- teur mais aussi théoricien, critique et historien du cinéma. L’implication de Paulin Soumanou Vieyra, fraîchement diplômé de l’IDHEC (promotion 1953), dans les débats sur les enjeux politiques du cinéma autour des indépen- dances est l’objet de cette communication.

Le cinéma connaît un vif succès populaire dans les grandes villes africaines et plus ponctuellement dans les campagnes à la faveur du passage de projectionnistes ambulants. Les films projetés sont dans leur majorité occidentaux, américains surtout, et marginalement mais à forte portée symbolique indiens ou égyptiens. Il s’agit surtout de films d’action, western ou policiers, ou de romances et films musicaux.

Alors que la mobilisation pour l’indépendance s’organise dans les années 1950, les premiers élus ou des membres de l’élite scolarisée se soucient des valeurs véhiculées par ces films étrangers, qu’ils considèrent bien souvent comme éloignés des cultures africaines et porteurs d’influences néfastes. Ils s’inquiètent surtout pour les jeunes, en particulier les jeunes hommes, qui constituent l’essentiel du public.

A leurs critiques s’associent des intellectuels qui jettent toutefois un autre regard sur le cinéma. Ils valorisent ce média comme moyen d’éducation mais prônent la réalisation de films africains. Ceux-ci doivent servir d’outils pour former les citoyens et forger la nation, dans une optique panafricaine. Ils doivent proposer des éléments de réflexion morale et politique aux spectateurs, être des miroirs de leur propre vie.

Qu’il s’agisse d’articles parus dans Présence Africaine, d’interventions lors de conférences comme les rencontres internationales. « Le cinéma et l’Afrique au sud du Sahara », organisées lors de l’exposition universelle de Bruxelles (1958), Paulin S. Vieyra participe activement à ces débats. Y sont discutés le rôle du cinéma dans la prise de conscience des citoyens à venir et la responsabilité civique des cinéastes dans la nouvelle Afrique en gestation. Ma contribution souhaite examiner la place de Paulin Vieyra dans cette ébullition autour du cinéma comme arme politique.

 

Farah Clémentine Dramani-Issifou

Née en 1982, Farah Clémentine Dramani-Issifou est directrice artistique, consultante et doctorante au Celsa (Paris Sorbonne) et à l’Université Gaston Berger (St Louis, Sénégal). En 2010, elle co-fonde l’association Africadoc au Bénin afin de promouvoir les cinémas documentaires et accompagner l’émergence de la nouvelle génération de documentaristes africains.

Elle crée en 2011 le Festival des Nouveaux Cinémas Documentaires entre Paris et plusieurs villes africaines et du monde (Porto Novo, Lomé et Phnom Penh). Le festival propose une sélection de films, de créations radiophoniques et numériques ainsi que des rencontres qui traitent de la diversité des expériences africaines et des diasporas.

En 2012, Farah Clémentine Dramani-Issifou coordonne le programme artistique de la Biennale Benin placée sous la direction artistique d’Abdellah Karroum.
Fin 2016, elle crée ä f r o t o p i ä, une plate-forme éditoriale sur les créations contemporaines et cinématographiques afro-diasporiques.

Ses thèmes de recherche portent sur les enjeux de l’internationalisation des médias en Afrique et sur la

production de nouvelles formes discursives au cinéma et dans les séries tv 18

 

Résumé

Réinventer la présence africaine au monde : transpoétique des cinémas afro-diasporiques contemporains

Après les Indépendances, le cinéma joue un rôle important dans la réappropriation par les Africains et les diasporas de leurs histoires et de leurs représentations.
En effet, pressentant l’efficacité du cinéma comme outil contestataire possible contre la propagande coloniale, le décret Pierre Laval (1934) interdit aux Africains de se filmer eux-mêmes sans l’autorisation du lieutenant gouverneur de la colonie concernée. Même réalisés par des Européens, les films anticoloniaux sont illégaux. Les seules représentations que l’on trouve du continent sont alors stéréotypées : les films ethnographiques montrent l’Afrique comme un continent tourné vers le passé et les Africains sont réifiés. En 1950, René Vautier réalise avec Afrique 50 le premier film anticolonial dans lequel il dénonce les exactions coloniales. Il est emprisonné et le film censuré pendant plus de quarante ans. C’est faute d’autorisation de tourner au Sénégal que Paulin Soumanou Vieyra réalise Afrique sur Seine (France, 1955) à Paris : le film raconte la vie d’étudiants Africains à Paris, leurs rencontres et la nostalgie qu’ils éprouvent loin de leur terre natale. Le film marque le début des cinémas d’Afrique francophone. Après la décolonisation, les cinémas du continent connaissent une évolution rapide en quelques décennies.

Dans le sillage de la révolution numérique, les cinémas contemporains d’Afrique et des diasporas rendent compte d’un renouvellement des dynamiques de production (coproductions internationales), de création (programmes de formation, fablab1, etc.) et de diffusion (festivals, plateformes VOD, galeries d’art, etc.).
Les discours sur les cinémas africains francophones traitent jusque dans les années 90 les questions politique, de représentation du passé et des “spécificités africaines”, tant dans leur projet artistique que dans leur réception critique. Aujourd’hui, il est admis que ces cinémas sont largement ancrés dans des formes d’hybridité et de nomadisme (Lelièvre, 2017). A travers des films aux frontières de la fiction, du documentaire ou de l’art contemporain, les cinéastes “font du monde (…) la scène de leur auto-réalisation” (Mbembe, 2015) et donnent leurs visions du continent et du monde aux moyens de mises en récit singulières, “laissant place à une multiplicité de voix et de styles cinématographiques” (Ricci, 2013). Entre l’Afrique et l’Occident, ils créent des oeuvres selon leurs propres codes, leurs esthétiques et leurs outils : la superposition de fils narratifs, la construction non linéaire du récit, le mélange des genres et des registres d’images renouvellent les formes discursives où différents modèles de référence s’interpénètrent. Les réalisateurs Philippe Lacôte, Teboho Edkins, Alain Gomis, Mati Diop ou encore Dieudo Hamadi en sont de parfaits exemples.

Avec l’appui de différents dispositifs médiatiques (fablab, festivals, programmes de formation, etc.), se construisent de nouvelles manières de penser, écrire et regarder l’Afrique-Monde “d’après ce qui s’y vit et non d’après une vision fantasmée” (Sarr, 2016) qui tentent de dépasser les oppositions binaires entre pratiques culturelles dominantes et d’autres qui seraient dominées, pour proposer des approches transculturelles. Elles renouvellent les imaginaires, brisent certains clichés et ouvrent un espace de réflexion nouveau, une transpoétique des cinémas afro – diasporiques.

1 Le Fablab ou “Laboratoire de fabrication” est un concept emprunté au Massachussetts Institute of Technonoly dont le principe repose sur le partage libre d’espaces, de machines, de compétences et de savoirs au sein d’une communauté.

 

Samba Gadjigo

Titulaire d’une maîtrise de Lettres Modernes de l’Université de Dakar (Sénégal) et d’un Ph.D. de l’Université d’Illinois (Champaign-Urbana, Etats-Unis), Samba Gadjigo est professeur de français et de littérature africaine à Mount Holyoke College (Massachusetts, Etats-Unis).
Il a publié en septembre 2007 Ousmane Sembène : une conscience africaine (Paris: Editions Homnisphères), une biographie autorisée sur le cinéaste et écrivain Sembène Ousmane.

En 2009, il débute avec Jason Silverman le projet de coréalisation du documentaire SEMBENE! (portrait du cinéaste-écrivain sénégalais).

Publications:

– Ecole blanche, Afrique noire: l’image de l’école coloniale dans le roman africain francophone. Paris: l’Harmattan, 1990
– Aminata Sow Fall’s literary work, co-editor, Contributions in Black Studies. Amherst: University pf Massachusetts Press, 1991 – Ousmane Sembene: Dialogue with Critics and Writers. co-ed. Amherst: University of Massachusetts Press, 1993
– Ousmane Sembene: une conscience africaine. Paris: Hémisphères, 2007
– Ousmane Sembene: The Making of a Militant Artist, Bloomington: Indiana University Press, 2010
– Un Viatique pour l’éternité: Hommage a Ousmane Sembene. Dakar, Ed. Papyrus-Afrique, 2011

 

Résumé

Vieyra et Sembene : deux bâtisseurs du cinéma africain

«…Je me pose et me poserai toujours cette question : n’eussent été mes liens denses et profonds avec Paulin S. Vieyra, est-ce que j’aurais réalisé des films ? »

Ousmane Sembene, L’aine des anciens, (2005)
1995, date d’anniversaire du premier centenaire du « cinématographe Lumière » fut aussi, pour l’Afrique au sud du Sahara, une occasion de célébrer les 50 ans de son entrée sur la scène cinématographique, avec Afrique sur Seine ( CM, 21 min. 1955) du Sénégalais/Béninois, Paulin Soumanou Vieyra.

Dans un numéro spécial intitulé Cinquante ans de cinéma africain, la revue Présence Africaine (2eme semestre 2004) consacre une première partie à un « Hommage à Paulin Soumanou Vieyra », partie constituée de témoignages par d’autres cinéastes dont Ousmane Sembene, d’ interviews de Paulin Vieyra avec des universitaires, critiques de cinema, des textes de Paulin Vieyra lui-même sur le cinema africain et une riche filmographie de plus trente d’oeuvres allant de 1954 (C’était il y a quatre ans) jusqu’à 1982 (Iba Ndiaye, peintre). Comme le suggère l’exergue ci-dessus, en plus de son rôle de précurseur par son travail de réalisateur (fictions, documentaires et reportages),

Samba Gadjigo est professeur de littérature africaine francophone et chair du département de français au Mount Holyoke College, South Hadley, Massachusetts.

 

 

Olivier Hadouchi

Olivier Hadouchi, docteur en cinéma, chercheur associé à l’IRCAV et programmateur de films, né et travaille à Paris. Il a notamment écrit un ouvrage « Images of Non-Aligned and Tricontinental Struggles » édité par le Musée d’Art Contemporain de Belgrade, à propos des représentations des guerres d’indépendance durant la décolonisation. Par ailleurs, il écrit des articles parus en revue (autour du film « Festival Panafricain d’Alger » dans Third Text ou Mondes du cinéma, sur plusieurs cinéastes et thématiques, dans La Furia Umana, CinémAction, Something We Africans Got…), dans des catalogues ou des ouvrages collectifs. Il a donné des conférences, animé des rencontres avec des cinéastes, présenté des films dans des musées et des centres d’art (Londres, Prague, Belgrade, Lisbonne, Centre Pompidou, Alger, Marseille…) et des festivals (Paris, Marseille, Lille, Ghent, Lisbonne, Béjaïa, Genève, Beyrouth…. Il a conçu des programmes de films pour Le BAL, Bétonsalon et « Tricontinental. Cinema, Utopie et Internationalisme », un cycle composé de 13 séances, pour le Musée de la Reina SOFIA de Madrid au printemps 2017.

 

Résumé

Quel(s) cinéma(s) africain(s) à l’heure du Festival Panafricain d’Alger de 1969 ?

Organisé trois ans après le Festival mondial des Arts Nègres de Dakar en 1966, le Festival Culturel Panafricain d’Alger de 1969 a proposé d’associer la culture avec la lutte pour l’indépendance (à l’heure où le colonialisme portugais était combattu en Angola, en Guinée Bissau, au Mozambique…), contre toute forme d’apartheid (dans l’ancienne Rhodésie du Sud ou en Afrique du Sud). Le cinéma avait-il pour principale fonction d’accompagner les luttes et un changement politique en Afrique ? Quels furent les enjeux, les propositions et parfois les questions qui furent posés par les films de cette époque et par certains cinéastes ? Comment situer le travail de Paulin S. Vieyra dans ce contexte mouvementé ?

 

 

Claude Forest

Claude Forest est professeur en Etudes cinématographiques à l’Université de Strasbourg (France), enseignant- chercheur en économie et sociologie du cinéma. Il a notamment dirigé les ouvrages : L’industrie du cinéma en Afrique, Afrique Contemporaine, n° 238, 2011 ; Au cinéma en Afrique, (photos de Cécile Burban, Sophie Garcia, Meyer), 2017 ; L’internationalisation des productions cinématographiques et audiovisuelles, 2017 ; Regarder des films en Afriques (co-dir. avec Patricia Caillé), 2017.

Résumé

La problématique de la distribution des films en salles après les indépendances

Comment produire et diffuser des films en Afrique sud saharienne ? Telle est la question qui n’a cessé de se poser aux professionnels concernés depuis les indépendances politiques de 1958-60. Paulin S. Vieyra, Tahar Cheriaa et de rares autres Africains ont effectué d’importantes recherches historiques et réflexions au cours de la décennie suivante, participant au mouvement de tentative d’émancipation de la filière, mais leurs travaux ne seront guère suivis. Après l’engouement du début des années 1970 pour cette question, malheureusement abordée de manière davantage idéologique que pragmatique, les erreurs d’analyse et d’appréciation de la situation, renforcées par le désintérêt des Etats, vont conduire à la destruction de toute la filière cinéma, à commencer par la distribution, maillon le plus fragile, puis les salles, sans qu’une production nationale ni sous-régionale n’émerge.

Après être revenu sur quelques-uns de ces facteurs, nous verrons en quoi la situation contemporaine, très différente entre les zones anglophone et francophone, présente un paysage apparemment désertique en cette dernière, tandis que l’essor du numérique et des chaines satellitaires structure un renouveau des productions et réception des images animées, jusqu’ici imprévu.

 

 

Magueye Kassé

Né le 15 mars 1949, Professeur Titulaire des Universités de classe exceptionnelle.
Spécialiste d’études germaniques interculturelles, de la littérature et de la civilisation allemandes, du 18ème siècle allemand, de la période classique allemande, du théâtre de Bertolt Brecht, de la réception de la littérature africaine en Allemagne, du film et de l’art africains. Critique d’art, Art africain contemporain.
Commissaire général de la Biennale des Arts contemporains africains, Dak’Art 2008.
Ami de longue date du cinéaste Sembene Ousmane, nombreuses publications et conférences nationales et internationales sur son œuvre littéraire et cinématographique
Des publications et colloques sur l’ethnologie allemande et l’Afrique en relation avec l’Institut Frobenius de Francfort sur le Main.
Membre actif de la société civile sénégalaise, Président de l’Association Sénégalaise d’Appui aux Politiques Alternatives de Développement.

 

Résumé

Paulin Soumanou Vieyra et les Actualités sénégalaises

Les indépendances africaines ont constitué un moment fort dans le dispositif de domination coloniale. Beaucoup d’élites africaines y ont vu le signe d’une rupture significative dans les stratégies d’asservissement politique, intellectuel, social, économique et culturel des peuples africains. Le film ethnologique et les études anthropologiques avaient tenté d’accréditer des thèses variées d’une incapacité des Africains à se prendre en charge sans l’aide bienfaisante des colons.

Comment par l’image va-t-on tenter de créer une nouvelle personnalité, de présenter un vécu et des réalisations des nouvelles nations indépendantes qui voulaient inscrire leurs actions dans le développement avec des effets d’entrainement et de prise de conscience autour d’identités nouvelles et conquérantes ? Comment monter tout le travail préparatif aux indépendances avec les initiatives de Présence africaine à Rome en 1959

Comment des artistes et des créateurs d’idées fortes dont le son et l’image pouvaient être le vecteur et le porte étendard allaient-ils être précurseurs de ces nouvelles identités postcoloniales ?

C’est toute l’histoire dans les années 60 du siècle passé, et au-delà, de la naissance de la radio et de la télévision africaines et singulièrement sénégalaises dans laquelle Paulin Soumanou Vieyra a joué un rôle non négligeable avec le film et les Actualités sénégalaises.

Il s’agit dans cette communication de montrer à partir d’un difficile travail de recherche des traces de cette présence dans les archives sénégalaises, hélas, très mal conservées, le rôle de pionnier qu’il y a exercé à partir de principes et de politiques mis en œuvre par le gouvernement sénégalais desquels on peut, sans conteste , déduire un parti pris politique et idéologique qu’il s’agira de mettre en exergue et de comprendre la démarche de Paulin Soumanou Vieyra dans ce contexte de luttes multiformes. Il s’agira de voir également s’il y a adéquation entre principes et réalités de l’auteur de Une nation est née (1961).

A défaut de pouvoir présenter un cadre visuel tiré des Actualités sénégalaises dont il fut Directeur de 1960 à 1975, nous nous contenterons d’analyser cette politique pour voir s’il y a ici adéquation ou prise de distance d’avec les principales idées véhiculées par

les Actualités sénégalaises et de souligner le rôle de premier plan de ce pionnier.